lundi 2 janvier 2023

L’INFORMATION COMPTABLE: notions de base

      I. 

         

            Le « Système d’information comptable (SIC) »

Étant un concept passe-partout, le mot « système » est généralement utilisé pour désigner « un ensemble d’éléments en relation de dépendance réciproque établi en vue d’accomplir une mission quelconque ». Le Système d’Information comptable désigne « un ensemble de règles, de procédures, de méthodes et de techniques qui sont destinées à organiser, gérer et contrôler le processus de collecte et de traitement des données financières et ainsi que la communication de l’information financière nécessaire à la prise de décision concernant une entité économique ».

Au regard de l’importance des décisions financières dans une institution, le SIC joue un rôle prépondérant dans le système global du management des entreprises.  Grâce à l’information fournie, il contribue non seulement à la satisfaction des besoins en informations des utilisateurs, mais aussi à la mise en place d’instruments de gestion, nécessaires au pilotage et au management stratégique d’une institution. Les principaux facteurs influençant le système d’information comptable (SIC) d’une entreprise sont :

a)     La dimension ou taille ;

b)    La forme économique ;

c)     La forme juridique ;

d)  Et Les exigences légales et professionnelles en matière de présentation de l’information comptable

    II.          L’offre et la demande d’information comptable

Sachant que l’information en général constitue une ressource d’importance capitale pour l’entreprise dans le sens qu’elle a une influence considérable sur les décisions, on peut considérer l’information comptable comme un produit qui obéit à la loi de l’offre et la demande comme n’importe quel autre produit sur le marché.  Ainsi, il existe une forte demande pour l’information fournie par les services de comptabilité des entreprises.  Pour mieux comprendre cette situation, il est nécessaire de faire une séparation entre ceux qui possèdent l'entreprise (demandeurs) et ceux qui la contrôlent (offreurs).  Généralement, la communication de l’information comptable suscite deux enjeux spécifiques liés à des nuances de compréhension entre les investisseurs et les gestionnaires de l’entreprise  :

1.     L’Aléa moral (risque) : les investisseurs et les dirigeants peuvent avoir des divergences d'opinion sur la meilleure façon d'utiliser les ressources d'une entreprise. Cet enjeu est élucidé grâce aux rapports financiers qui aident à comprendre façon dont les gestionnaires utilisent ces ressources.

2.     Asymétrie d'information : l'idée que les dirigeants de l'entreprise ont plus d'informations sur les performances de l'entreprise que les investisseurs, qui sont en grande partie des parties passives externes. Les rapports financiers aident à atténuer cette différence d'informations en fournissant des informations sur ce qui se passe au sein de l'entreprise.

L'offre de l’information comptable provient des managers qui cherchent à diminuer le cout de capital dans leur quête d’obtention de capitaux pour gérer leur entreprise et développer leurs activités. Quand les rapports financiers d’une entreprise témoignent une solidité dans sa situation financière et une performance élevée au cours des récents exercices, cela aidera les dirigeants à obtenir un coût du capital inférieur pour leur entreprise.

Rappelons que l’expression « Coût du capital » désigne le montant qu'une entreprise doit payer pour obtenir des capitaux supplémentaires nécessaires à son financement. Par exemple, au regard des dettes, un meilleur coût du capital serait un taux d'intérêt plus bas, pour les capitaux propres, les investisseurs peuvent exiger un rendement inférieur sur leur investissement pour acheter une action si l'entreprise a un coût du capital inférieur. Quand les investisseurs ne disposent pas d'informations, soit ils exigeront un meilleur retour sur leur investissement, soit ils n'investiront pas du tout.

Ainsi, on peut dire que le but de l'information financière est d'aider à réduire ce coût du capital et à rendre les marchés financiers plus liquides.

  III.          Les conflits d'intérêts liés à la communication de l'information comptable

En ce qui concerne la communication de l’information comptable, il est possible de distinguer trois (3) groupes d’acteurs entre lesquels des besoins en information qui ne sont pas toujours définis créent des relations d’une certaine complexité pouvant déboucher à des « conflits d’intérêts » ; en dépit du fait que la manière conventionnelle de préparer les états financiers devraient concilier les attentes de tous les concernés. Ce sont :  « la Firme », c’est-à-dire l’entreprise considérée du point vu comptable comme une personne distincte de ses propriétaires, dans le sens que les opérations de l’entreprise doivent être traitées de manière distincte de celles de ses propriétaires et de toutes les autres entités économiques, quelle que soit sa forme juridique ou économique ; « le comptable », c’est-à-dire l’unité administrative ayant la responsabilité de préparer l’information comptable au sein d’une institution donnée ; et « le Lecteur », c’est-à-dire les différents utilisateurs ou usagers de l’informations comptables qui auront à prendre des décisions sur la base des informations comptables de l’entreprise.

Selon R. M. CYERT,. et Y. IJIRI, (1974), les trois acteurs trouvent un terrain d’entente seulement quand la firme accepte de publier des informations que les comptables sont à même de mesurer et de vérifier, et qui sont perçues comme utiles par les lecteurs, c’est-à-dire l'ensemble des informations sont jugées satisfaisantes, pertinentes et mesurables par les trois groupes (ZONE I). Cependant des situations conflictuelles surgissent lorsque :  

  •  la firme est prête à divulguer les informations, que les lecteurs jugent pertinentes et utiles, mais que la profession comptable n'est pas à même de mesurer et/ou vérifier étant donné l'absence de techniques adéquates et fiables.( ZONE II)
  •  la firme est prête à divulguer des informations qui sont mesurables et vérifiables par les comptables, mais qui, finalement, ne sont pas jugées tellement pertinentes pour la prise de décisions par les lecteurs (la petite caisse par exemple).  (ZONE III)
  • des informations sont jugées utiles par les lecteurs, et mesurables et vérifiables par les techniques comptables, mais que la firme n'est pas disposée à divulguer (la comptabilisation des baux à long terme et des régimes de retraite) (ZONE IV)
  • La firme est prête à divulguer des informations qui ne sont pas vraiment pertinentes pour les utilisateurs et/ou que la comptabilité n’est pas a même de préparer (ZONE V)
  • la profession comptable est prête à mesurer des informations, mais qui ne présentent aucun intérêt pour la firme et les lecteurs (ZONE VI).
  • Les utilisateurs exigent des informations que les techniques comptables ne permettent pas de préparer et/ou que la firme n’est pas prête à divulguer (comptabilité à la valeur actuelle). (ZONE VII)

 

 

  IV.          Le processus d’Enregistrement et de classification des données comptables

Avant de disposer de l’information comptable à communiquer aux utilisateurs, le service de comptabilité suit un processus bien établi en utilisant des documents comptables dont le format est quasiment identique pour collecter les données et les traiter convenablement.   Par exemple, la comptabilité exige l’utilisation de journaux dont la fonction exclusive est l’enregistrement méthodiques des informations financières. Cependant, rappelons qu’une « pièce justificative » est indispensable pour enregistrer une donnée comptable dans les journaux dédiés à cet effet. En vue de prévenir la perte de documents, il est exigé que l’enregistrement des transactions doit se faire le plus tôt que possible.

Pour être facilement compréhensible par l’intelligence humaine, les innombrables informations enregistrées doivent être classées et l’outil de classification des informations comptable est appelé « Compte ». Chaque entreprise dispose d’un « plan comptable » également appelé « charte des comptes » qui définit le nombre, la codification et l’appellation des comptes utiliser dans cette entreprise. Ensuite, après l’enregistrement dans les journaux, les données financières seront synthétisées dans les comptes qui sont regroupés dans le grand livre

La présentation de l’information comptable se fait à l’aide de tableaux résumés appelés « Etats financiers », dont les quatre (4) principaux sont :

  1. L’etat des resultats (income statement) qui résume la performance économique d’une entreprise au cours d’une période donnée ;
  2. L’etat de l’avoir (owner’s equity) qui aide à comprendre les modifications survenues dans la propriété d’une entreprise au cours d’une période donnée ;
  3. Le Bilan (balance sheet) qui présente la situation financière d’une entité économique à une date précise, en présentant ses ressources et ses obligations.
  4.  l’état de l’évolution de la situation financière (statement of cash flows) qui aide à comprendre comment l’entreprise obtient ses capitaux et comment elle les a utilisés d’une période à l’autre. 
Compilés avec les "notes explicatives", ces quatre etats financiers forment ce qu'on appelle "le Rapport annuel" d'une entreprise. 

     V.          L’information comptable et les décisions financières de l’entreprise

Comme mentionné dans article précèdent, l’information comptable est d’importance capitale dans la prise de bonne décisions financières, nécessaire à assurer le bon fonctionnement, la croissance et la pérennité de l’entreprise. Rappelons que généralement une entreprise prend trois (3) grandes catégories de décisions financières :

  1. Décisions liées à l’investissement, consistant à allouer de façon efficace des ressources rares dans des investissements risqués (court, moyen et long terme) afin de maximiser la valeur de l’entreprise pour enrichir les actionnaires. S’appuyant sur de l’information comptable, le gestionnaire financier effectuera des calculs nécessaires à l’analyse de la rentabilité de chaque projet d’investissement avant de faire un choix, et conséquemment investir.
  2. Décisions liées au financement les activités de l’entreprise visant à procurer des fonds a l’entreprise au meilleur coût possible, c’est-à-dire le moins onéreux en vue de maximiser la valeur de l’entreprise ou le prix de son action sur le marché. Ainsi, il faudra une analyse des états financiers de l’entreprise notamment le bilan pour connaitre la structure financière de l’entreprise en vue de savoir s’il faut utiliser les fonds propres, emprunter ou solliciter des capitaux de nouveaux actionnaires ou associés.
  3. Décisions liées au partage de bénéfices, étant une conséquence des décisions d’investissement et de financement, consistant à savoir à quel moment il faut distribuer des bénéfices et en quelle quantité.  Les bénéfices repartis ou distribués (dividendes) deviennent des ressources abandonnées ou perdues en tant que financement de l’entreprise. La prise d’une telle décision découlera d’une analyse préalable de la situation financière de l’entreprise et surtout de sa performance au cours du ou des précédent(s) exercice(s) comptable(s).

  VI.           Quatre Qualités essentielles de l’information comptable

Considérant l’importance de l’information comptable et son impact éventuel sur le succès ou la faillite d’une institution, il devient indispensable que cette information respecte certains critères qui détermineront sa qualité. Avant tout, le service de comptabilité doit s’assurer de produire, au cout le plus faible possible, les informations financières les plus utiles aux décideurs. Au-delà des principes comptables généralement reconnus (postulats, principes et contraintes comptables) qui guide la préparation et la communication de l’information comptable, on peut en identifier quatre (4) qualités essentielles : la fiabilité, la pertinence, la compréhensibilité et la comparabilité.

a)    La fiabilité de l’information comptable signifie qu’elle doit être exempte d’erreurs et de partis pris et que l’on peut s’y fier. Ainsi, elle doit être vérifiable à partir de pièces justificatives, et factuelle en reflétant une image fidèle du contenu économique des opérations de l’institution.

b)    La pertinence de l’information comptable désigne le fait que c’est obligatoirement une information qui est susceptible d’influer sur les décisions des utilisateurs en les aidant à prédire des résultats futurs (prédiction) ; à confirmer ou corriger les prédictions antérieures (rétrospection). Donc, l’information comptable pertinente doit-être disponible au bon ment (opportune), c’est-à-dire il faut que le décideur puisse avoir accès à l’information à un moment où elle est encore susceptible d’influer sur ses décisions.

c)    La compréhensibilité de l’information comptable renvoie l’exigence selon laquelle l’utilisateur moyen doit être en mesure de comprendre sans grande difficulté l’information fournie par le service de comptabilité d’une entité économique.  On peut considérer comme “utilisateur moyen ou utilisateur averti”, toute personne disposant d’une bonne connaissance des activités commerciales et économiques de l’entité économique en question ainsi qu’une connaissance de base en comptabilité.

d)    La comparabilité de l’information comptable signifie qu’on doit être en mesure de comparer les informations de différentes entreprises utilisant les mêmes principes comptables. On doit aussi pouvoir comparer les informations comptables de plusieurs exercices comptables, car l’entreprise utilise les mêmes principes et méthodes comptables d’un exercice à l’autre (permanence des méthodes).

VII.          Utilisateurs de l’information comptable

Il est important de se rappeler que trois (3) groupes d’acteurs sont concernés par l’information comptable. Il s’agit premièrement des « Préparateurs », c’est-à-dire les gestionnaires et comptables (teneurs de livres, commis-comptable et expert-comptable) de l’entreprise, qui ‘assurent de la collecte des données financières et de la préparation des états financiers en vue de faciliter la prise de décisions des utilisateurs. Ensuite, on peut considère les « Vérificateurs » qui assistent les utilisateurs de l’information comptable en émettant une opinion professionnelle sur la fidélité et la pertinence de l‘information comptable fournie par les préparateurs avec pour objectif de renforcer sa crédibilité.  Et finalement, on trouve les « Utilisateurs » qui s’appuient sur les informations comptables pour la prise des décisions concernant l’entreprise.

On considère comme « utilisateurs de l’information comptable » toute personne physique ou morale qui aura à prendre des décisions concernant une institution en se basant sur les informations fournies par le service de la comptabilité. Ils sont divisés en deux grandes catégories :

Utilisateurs internes

Les gestionnaires

Analyser l’efficacité de leurs décisions et améliorer la gestion de l’entreprise

Les employés

S’assurer de la capacité de l’entreprise à garantir le paiement de leurs salaires et analyser la possibilité d’exiger de meilleur traitement.

Les actionnaires

Analyser l’efficacité des décisions des gestionnaires au regard de leur objectif d’enrichissement.

 

Utilisateurs externes

Les Créanciers ( banques, fournisseurs, …)

Analyser la solvabilité de l’entreprise pour savoir s’il faut ou non conclure des transactions à crédit avec elle.

Investisseurs potentiels

Analyser la capacité de l’entreprise à garantir le rendement de leurs investissements éventuels.

Les concurrents

Comparer leurs situations, s’inspirer pour mieux se positionner sur le marché.

Agences gouvernementales (le fisc et autres),

Savoir si l’entreprise a respecté ses obligations envers l’État, notamment en ce qui concerne la sincerité des déclarations fiscales.

Groupes de pression (écologie, droits de la personne, etc.)

Exiger une meilleure contribution de l’entreprise à la protection de l’environnement, des droits de l’homme, ect.

Clients

S’enquérir sur l’évolution de la situation financière de leur fournisseur et de sa capacité continuer à les desservir.

Partis politiques

Mieux définir l’aspect économique de leur programme politique

 

  1. Bibliographie : 
  • A. RIAHI-BELKAOUI (N/D),  Elements de theorie comptable, University of Illinois at Chicago
  • H., Stolowy, Y., Ding, G., Langlois (2017), Comptabilité et analyse financière : Une perspective globale, Paris(France).
  • J., Douville, J., Fortin et M., Guindon (1981 et 1989),  Comptabilité financière (volumes I et II), Montréal (Québec)
  •  J-G., DEGOS, A., ABOU FAYAD (2003), Premiers pas en comptabilité financière, Onnaing (France).
  •  K. Larson et Al,  (2007) Initiation à la comptabilité générale, vol.1 : 8e édition, Cheneliere
  • K., CERRADA et al (2014), Comptabilité et analyse des états financiers, Bruxelles (Belgique).
  • L. Thibault-Le Gallo (2009), Comptabilité pour les Nuls, Paris (France)
  • R. M. CYERT,. et Y. IJIRI, (1974),  ,Problems of Implementing the Trueblood Objectives Report, dans Studies on Financial Objectives , supplement au volume 12 du Journal of Accounting Research

1 commentaire:

Dites-nous ce que vous pensez dans un petit commentaire.

LE JARGON DES AFFAIRES: vocabulaire des sociétés anonymes(SA).

  Appelée aussi société de capitaux, une société par actions, est “une entité juridique distincte et indépendante de ses actionnaires”. Aux ...